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* 53.
Tiffliss.
Chère Tante!
Il faut avouer, que j’ai une veine de malheur dans tout ce que j’entreprends. — Malheur n’est pas le mot; puisque Dieu merci, je n’en ai pas encore éprouvé; mais c’est un guignon étonnant, qui me poursuit toujours et partout. — Je n’ai qu’à me rappeler les désappointements, que j’ai éprouvés dans le хозяйство, mes examens commencés et que je n’ai pas pu terminer, la mauvaise chance, continuelle, que j’ai eu quand j’ai joué et une quantité d’autres plans, qui ont подорожная, quatre jours après, j’étais prêt à partir; mais comme le même jour (le 19 Décembre) devait arriver la poste de Кизляр, je me suis dit qu’il valait mieux attendre une lettre de Nicolas qui devait m’arriver avec cette poste. — En effet le 19 je reçus une longue epître de Nicolas, 2 dans laquelle entre autres choses, il m’écrit «с этой же почтой Алексеев2Никита Петрович Алексеев. О нем см. прим. 4 к п. № 45. (батар. командир) посылает тебе твои бумаги: Метр. Свид. Свид. о происх. и аттестат». J’ai donc tout de suite envoyé à la poste, pour savoir, si ces papiers y étaient, mais il n’y avait rien. — Je suis allé le même jour à la chancellerie du Général Brimer3Эдуард Владимирович Бриммер. О нем см. прим. 2 к п. № 49. pour demander si les papiers dont me parle Указ об отставкѣ,4См, предыдущее письмо № 52. n’y est pas, je ne pourrai pas être reçu; mais que probablement il devait y être. Connaissant la négligence de que
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pendant mon séjour j’avais arrangé tous les autres papiers, j’avais fait mon examen, le certificat du docteur et autres formalités étaient remplies, de sorte que si je recevais tous les papiers exigés, je pouvais être reçu le même jour. — Vous pouvez vous figurer avec quelle impatience j’attendais la poste; mais quoique nous nous erintons Ванюшка5Иван Васильевич Суворов. О нем см. прим. 5 к п. № 50. et moi depuis 8 jours à y aller tous les jours, quatre postes sont arrivées, et les papiers promis la même poste, que la lettre, n’arrivent pas. Cependant je ne pouvais pas partir sans savoir si I’ Указ y est ou non; puisque dans le cas qu’il n’y est pas, j’avais l’espoir à l’aide de la protection de Bariatinsky6Кн.
Je ne vous parle pas encore de différents petits désagréments, qui sont venus se joindre à celui la, pour ne pas donner à cette lettre une teinte trop sombre.
Voilà un manque de délicatesse et de l’égoisme de ma part — de vous écrire tout cela. — En confiant mes petits malheurs à une personne dont je me sais tendrement aimé je sens diminuer mon chagrin; mais je ne pense pas à l’inquiétude que cela vous causera. — Pardonnez moi ce manque de délicatesse et ne vous inquiétez pas trop de moi. — Je m’en tirerai autant bien que possible. — Demain arrive encore une poste, je suis décidé à l’attendre. S’il me m’arrive rien, je tâcherai de trouver de l’argent et partir; si je n’en trouve pas, je tâcherai d’attendre patiemment. — Adieu, chère tante, je baise vos mains.
Ma santé est bonne; mais mon humeur est chagrine. — Voilà deux mois, que je suis séparé de Кизляр.
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Cette lettre n’a pas été reçue à la poste aujourd’hui — il était trop tard. Tant mieux; puisque je puis vous donner la nouvelle, de l’arrivée de mes papiers; mais le papier principal n’y est pas. — Il est déjà tard, je ne sortirai donc pas aujourd’hui — утро вечера мудренее; mais demain je compte faire tout ce qu’il est possible, pour pouvoir être reçu et partir; je vous informerai dans cette même lettre du succès de mes démarches.
Hier, le 29, le tems a été si mauvais, que je n’ai pu faire toutes les courses, que je m’étais proposées. Celles que j’ai faites ont été sans succès. Aujourd’hui, on m’a formellement refusé; mais je ne perds pas courage et je vais tout de suite chez Brimer, duquel enfin malgré sa maladie, j’ai obtenu une audience.
30. Le Général Brimer est très malade et ne m’a pas reçu. De chez lui, désespérant de voir jamais cette affaire terminée et fâché contre tout le monde je suis allé chez le prince Bagration7О Багратионе см. прим. 4 к п. № 49. et je lui ai conté ma peine. — Comme c’est un très brave homme il a voulu m’aider et m’a engagé d’aller avec lui chez le Gen. Wolff8
31. Ce matin je suis allé à l’état major. — On m’a dit que probablemsnt le General Wolff s’était trompé puisque cette affaire ne le concerne pas. — De nouveau j’ai désesperé et de nouveau je suis allé chez Wolff pour lui demander l’explication de ce mésentendu. — Il m’a dit, qu’il ne s’était pas trompé et que je n’avais qu’à présenter ma supplique;9Представление начальнику артиллерии Отдельного Кавказского
корпуса прошения на высочайшее имя об определении Толстого на службу в 20 полевую артиллерийскую бригаду помечено 31 декабря 1851 г. mais comme la chancellerie a été fermée, je n’ai pas eu le temps de la présenter aujourd’ hui et comme demain c’est le jour de I’аn et qu’on ne s’occupe pas d’affaires, voilà de nouveau l’affaire en suspens et, ce qui plus, est incertaine. Je n’ai jamais cru avoir assez de patience pour pouvoir supporter tous ces désagréments. Depuis 5 mois, malgré toutes mes démarches non seulement je n’ai rien obtenu; mais je ne sais rien de positif. — Le petit démon, chargé de me chicaner ne cesse de s’amuser à mes dépens. — Patience et longueur de tems... voila en quoi j’espère. — J’aime mieux retarder l’envoi de cette lettre jusqu’à vendredi; mais au moins pouvoir vous dire, quelque chose de positif au sujet de mon affaire. — Demain c’est le jour de l’an et je vous en félicite; quoique malheureusement
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je ne puisse le faire de vive voix comme I’anéee dernière. — Ce fut un moment bien agréable pour moi, quand je vins la nuit du nouvel an et le jour de la naissance de Nicolas,10Племянник Толстого, сын гр. Марьи Николаевны Толстой. vous surprendre;
2 Janvier. Encore deux jours passés dans l’incertitude, l’attente et l’ennui. Je ne puis m’occuper de rien; ni penser à autre chose qu’à mon affaire. Mes affaires financières sont aussi dans un malheureux état. Ayez la bonté de dire à André qu’il m’envoie, le plus tôt possible 80 r. arg. ici à Tiffliss. Si je parviens à partir sans cet argent, j’ai donné mon adresse à la poste et on me l’enverra. — Pour cette fois il ne peut pas dire, que je lui demande de l’argent d’une manière finprévue. — Эти 80 p. пусть он мне пришлет, из числа тех 200 р. которые я ему приказывал выслать на имя Николиньки. —
3 Janvier. Enfin aujourd’hui j’ai reçu l’ordre de partir pour rejoindre ma batterie et je ne suis plus колеж-регистр.; mais ферверкер 4-го класса.113 января 1852 г. Толстой сдал экзамен на юнкера при штабе Кавказской гренадерской артиллерийской бригады в урочище Мухровань Тифлисского уезда. Vous ne sauriez [croire] combien cela me fait plaisir. — Combien de gens dans la même position que moi, auraient envisagé pour le [plus] grand des malheurs, ce que je regarde comme la chose au monde la plus agréable. — Ce n’est pas par enfantillage que je trouve tant de plaisir à endosser l’uniforme de soldat; mais je suis content parceque enfin je réussis dans une chose à laquelle je travaillais et que je desirais depuis bien longtems, parceque rien ne me retient plus à Tiffliss où je m’ennuie à mourir, parceque je sais que cela vous fera plaisir et aussi parceque je suis content de n’être plus libre. — Il vous paraîtra peut- être étrange, que je désire ne pas être libre. — Il y a trop longtems que je suis libre en tout; et il me paraît, que cet excès de liberté est la cause principale de mes fautes et que c’est même un mal. — Rien de trop. — Voilà une maxime que je voudrais bien suivre en tout. — Je vous écris rien ne me retient à Tiffliss. — Ce n’est pas vrai: l’impossibilité de partir m’y retient. Je n’ai, littéralement, pas le sou. — Ne vous alarmez pas, j’espère trouver assez d’argent pour vivre et peut-être même pour partir. — Dans tous les cas je compte beaucoup, sur les 80-r., que je demande à André. — Je viens de relire toute cette lettre et je la trouve très-stupide, mais elle est longue, et c’est pour cela que je me décide à vous l’envoyer. — Comme c’est un grand plaisir d’avoir une personne à laquelle on peut écrire tout ce qui vous passe par la tête, sans fausse honte, sans arrière pensées, comme je le fais pour vous. —
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Vous connaissez trop bien tous mes défauts pour que je tâche de cacher ceux de ma lettre et vous avez trop d’affection pour moi et vous êtes trop bonne, pour ne pas me les pardonner. Adieu, chère et bonne tante, je vous baise mille fois les mains et vous félicite encore une fois sur le nouvel an en vous désirant pas le bonheur (le bonheur cela ne veut rien dire), mais je désire que cette année ne vous apporte point de nouveaux chagrins, mais [qu’]au contraire qu’elle vous apporte de plus douces consolations que celles que vous avez éprouvées, et surtout une bonne santé et que rien ne vienne vous troubler et vous agiter. — Dieu sait, si cette année j’aurai le bonheur de vous voir? Le service et les finances peuvent m’en empêcher. C’est une affaire qui se décidera vers le mois de Juillet; mais dans tous le cas j’y tâcherai, — Vous dites toujours «что не надо загадывать» et vous avez raison. Зачем загадывать, когда все 20 раз может перемениться и к лучшему и к худшему.